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Stefan Zweig – Le Monde d’hier ; pour ne pas répéter les erreurs du passé

Un article de Thibaut Drouet

Il est intéressant de se plonger dans les écrits et les mémoires d’auteurs européens du siècle précédent, notamment lorsqu’ils ont connu et contemplé notre continent. De ce que l’on appelle « la belle époque » aux désastres des deux guerres mondiales, Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen de Stefan Zweig nous offre une vision de l’évolution de l’Europe d’alors. Il pose la question : « comment en est-on arrivés là ? »

Pour des militants pro-européens comme nous ce livre raisonne tout particulièrement car il amène à réfléchir sur des questions cruciales : comment est-on passé d’une période de relative stabilité et liberté à une oppression totale des peuples et des dizaines de millions de morts ? Comment est-on passé d’une Europe prospère et phare du Monde à une Europe ruinée, contrainte d’appeler à l’aide et de laisser la place à de nouvelles puissances mondiales ?

Le récit de Stefan Zweig commence par une autobiographie ; un écrivain de l’empire Austro-hongrois curieux de comprendre ce monde, d’aller à la rencontre d’artistes et d’amis sans se soucier des frontières. Avant la Première Guerre Mondiale et grâce l’avènement du train il était très aisé de rejoindre les différentes capitales européennes où les vies n’était pas tellement différentes. Cette libre circulation des idées, des arts et des hommes formait une Europe de la culture.

Hélas, au fur et à mesure des guerres et des crises qui ont ravagé l’Europe, les penseurs européens se retrouvent bien impuissants face aux machines de haines qui sont lancées à pleine vitesse. Dans l’éducation, le sentiment patriotique est poussé à l’extrême : les jeunes ont appris la haine du peuple voisin, l’esprit de vengeance et le goût des armes. Ces futurs adultes ont déjà soif de guerre. Chaque Empire a vu son intérêt dans cette politique : doper sa production, son économie, museler les critiques internes et les contestations. La censure officielle est justifiée et les penseurs de paix n’ont plus la côte. Le pouvoir encourage les œuvres exaltant cet esprit belliqueux. Quand ces artistes s’en rendent compte il est trop tard ; leurs paroles sont maintenant inaudibles. On ne peut plus enrailler cette spirale de la haine. Une étincelle aura suffi au continent européen pour s’embraser pendant des décennies.

La lecture de ce livre m’a rappelé l’importance de nous mobiliser collectivement pour l’Europe. La paix n’est jamais acquise et les profiteurs de chaos ont tout intérêt à ce qu’elle ne dure pas. Il ne faut pas répéter les erreurs du passé et se laisser entrainer dans cette pente facile de la haine. Parler aux jeunes générations, leur montrer l’intérêt de s’emparer du projet européen, leur donner le goût de voyager permettra d’entretenir cette paix. La première guerre mondiale aurait-elle eu lieu avec Erasmus ? La haine franco-allemande aurait elle prit si les jeunes de l’époque avaient des amis ou correspondants de l’autre côté du Rhin ?

Nous sommes en bon chemin : avec le Mouvement Européen 76 par exemple nous sensibilisons des collégiens et des lycéens à cette idée : une construction qui passe par la mémoire, l’éducation, la culture, et cette volonté farouche de rassembler plutôt que de diviser. Sur le premier semestre 2026 nous avons mené une douzaine d’actions et touché un millier de jeunes dans notre département. Ce sont nos armes pour lutter contre la haine et le populisme.

Stefan Zweig disait : « On ne me demandera pas où je suis né, mais de quelle Europe je suis. » Cette phrase pourrait être la nôtre. Car au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : de quelle Europe voulons-nous être ? Celle, égoïste et divisée, qui a mené aux catastrophes du passé ? Ou celle, solidaire et ambitieuse, qui continue de se réinventer, malgré tout ?

Alors que viendra dans quelques jours le triste anniversaire des 112 ans du début de la Première Guerre Mondiale nous pouvons être fier du chemin parcouru ensemble pour la paix et la liberté en Europe depuis 80 ans. Continuons de faire progresser ce beau projet ensemble !

Merci aux Bibliothèque de Rouen pour ce livre en collection gratuitement emprunté