Hull et la Kirkella

Hull et le Yorkshire

Espoirs cruellement déçus

Ceci est la deuxième partie d’un article sur le Brexit et la situation de pêche au Royaume Uni. On y parle de la Kirkella et des gens impliqués dans la pêche à Hull. Hull et le Yorkshire sont situés dans la région la plus impactée par les conséquences désastreuses du Brexit. La pêche ne rapporte plus.  Pourtant Boris Johnson leur avait  promis monts et merveilles!

Jane Sandell, une forte personnalité

Jane SandellJane Sandell est l’une des rares femmes dans une industrie fortement dominée par les hommes. C’est  aussi une des rares à ne pas être née et avoir été élevée dans le milieu de la pêche.    Ancienne nageuse synchronisée GB junior de l’Essex, elle a obtenu son premier diplôme en biologie marine et est arrivée à Hull pour étudier les politiques de pêche. Elle avait, alors, été fascinée par « les gens et leurs politiques de pêche qui influençait la biologie ». 

Le Yorkshire, pays de la pêche en Angleterre

Dans le Yorkshire, elle s’est mariée avec un homme venu d’une famille de pêcheurs à la huitième génération. Dans cette famille ils travaillent tous ensemble sur quatre petits bateaux à Scarborough.  “On parle beaucoup de pêche à la maison”, plaisante-t-elle en chassant un paon de la porte de son bureau. Devant elle s’étendent les pelouses bien entretenues d’un parc d’affaires moderne sous la travée du pont de la rivière Humber. Le bâtiment est situé à la périphérie de l’ancien village de pêcheurs de Hessle.

Hull, le port d’attache

Bien que sa flotte soit en déclin depuis des décennies, six chalutiers en eaux profondes travaillaient encore à partir de Hull au début du millénaire.  Mais ils n’étaient pas économiquement viables. Par conséquent  leurs propriétaires faisaient faillite. C’est ainsi que les pêcheries britanniques ont vu des Hollandais et des Islandais racheter les pêcheries et ont réduit l’exploitation.  Aujourd’hui, Jane Sandell dirige une flotte de seulement deux chalutiers. Seule la Kirkella peut voyager régulièrement au-delà de la mer du Nord.  « Il s’agissait de rationaliser. Faire correspondre la flotte aux opportunités, investir dans la pêche durable et ne pas piller les océans ».

La nouvelle Kirkella, à Hull et les promesses

La nouvelle Kirkella a remplacé un ancien bateau du même nom. Elle fait partie d’un plan d’investissement de 180 millions de livres sterling. et ce, depuis que les UK Fisheries ont pris le contrôle en 2006. De ce montant, 100 millions de livres sterling ont déjà été dépensés. Un engagement de 80 millions de livres sterling supplémentaires suivra si on peut assurer des quotas suffisants pour que le navire soit viable. Il lui faudra aussi continuer à commercer à Hull.  Les comptes les plus récents de la société, pour 2019, indiquent que, soutenus par les nouveaux bateaux, les bénéfices avant impôts avaient presque doublé en un an. 

Promesses non tenues

« En dépit des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE sur le Brexit, les relations avec les pays nordiques éloignés, pour ceux qui qui ne maîtrise le langage de l’UE, ne verront pas leur importance diminuer… Très peu de choses vont changer», avaient promis ses administrateurs.

Hull City AFC appartient à un Égyptien

 On soupçonne fortement que la propriété étrangère (espagnole) de UK Fisheries a joué son rôle dans le fait que le gouvernement traîne les pieds dans les négociations pour ce domaine particulier des droits de pêche.  Cela scandalise Waddy, qui dit : « Hull City AFC appartient à un Égyptien et qui s’en plaint ?  Trois membres d’équipage sur quatre sont britanniques. Et je ne parle pas du fait que seuls les ingénieurs russes ont les compétences nécessaires pour entretenir les machines à fileter. Il n’ y a qu’eux qui sont capables de régler et réparer la chaîne qui découpe et transforme le poisson.  De créatures vivantes soulevées de l’océan, les poissons sont métamorphosés en filets surgelés. Voilà des filets pour fish & chips prêts à être plongés dans la friteuse en seulement 40 minutes.

Beaucoup de bruit pour rien

Les traités qui régissent le secteur de la pêche hauturière britannique portent un double coup dur à ceux qui essaient de pêcher la morue et l’aiglefin.  En quittant l’UE, le Royaume-Uni a perdu sa part du quota de pêche négocié au nom des États membres avec la Norvège, le Groenland et les îles Féroé, dont aucun ne fait partie de l’Union.  Après le Brexit, le Royaume-Uni a signé un accord avec la Norvège, encaissant grand bruit. Hélas, en réalité ce n’était qu’un accord pour poursuivre les négociations, sans rien sur les quotas réels.  La Norvège, quant à elle, s’est accrochée à sa zone avec franchise de droits.

Penser à l’empreinte carbone

Lorsque personne n’as  conclure d’ accord  avant la date limite de décembre 2020, les pêcheurs des eaux  britanniques ont été contraints de voguer beaucoup plus au nord. Ils ont dû aller chercher ce qu’ils pouvaient dans les eaux plus froides et plus dangereuses du Svalbard, un groupe d’îles au large de la côte nord-est. Ils ont vogué dans les eaux du Groenland, dans une partie de la mer de Barents située en dehors de la zone économique norvégienne.  Mais le quota est faible, les conditions sinistres et l’unique voyage que Kirkella a pu faire jusqu’à présent cette année, a duré neuf semaines au lieu des six habituelles. De plus il n’a pu ramener que du poisson beaucoup plus petit et de qualité inférieure, explique Jane Sandell. Elle souligne : ” Il ne s’agit pas seulement d’économie, mais de l’empreinte carbone.”Hull et la Kirkella

Le Humberside et le Yorkshire  sont les grands perdants

Certains sceptiques ont souligné que la perte du Humberside, comté mitoyen du Yorkshire est compensée. L’Écosse, elle sort gagnante. Le Royaume-Uni, selon eux, reprendra le contrôle. Elle régnera sur les stocks coquillages, de maquereaux et de harengs qui abondent au large des côtes écossaises.  Les fruits de mer sont très appréciés en Scandinavie et en Europe.  Les problèmes pullulaient durant les premiers mois qui ont suivi le Brexit.

La pêche écossaise se porte relativement bien

Pendant ce temps  les pêcheurs écossais menaçaient de jeter du poisson pourri sur la résidence du Premier ministre à Downing Street parce que la nouvelle bureaucratie avait rendu impossible la vente de leurs produits hautement périssables à l’étranger. De fait, la flotte écossaise, qui pêche en grande partie les eaux moins profondes de la mer du Nord, se porte relativement bien.  “Cette flotte est déjà la plus grande, et peut-être la seule, gagnante du Brexit. Cependant elle ne représente qu’une partie modeste de la flotte britannique dans son ensemble”, a déclaré Hardy lors du débat parlementaire.

Le gouvernement est dans le déni

 Pour toute réponse, Victoria Prentis, sous-secrétaire d’État à l’Agriculture, à la Pêche et à l’Alimentation, a déclaré qu’elle ne reconnaissait pas l’image qu’on lui avait été peinte de la situation de l’emploi à Hull. Elle affirmait ne pas partager pas l’analyse de Hardy.  “Nous pensons qu’il y a un bel avenir pour une pêche durable et une industrie florissante à Hull.”

Peu de compassion

 Même au sein du district du Humberside, tous ne s’attendrissent pas sur le sort de ceux de la Kirkella.  “les UK Fisheries n’emploient qu’une centaine d’hommes, alors que dans les années 1970, il y en avait des milliers et des milliers, il n’y a donc pas beaucoup d’empathie pour eux dans la ville”, explique Ray Coles, un pêcheur à la retraite .  “Cette industrie s’est effondrée pratiquement du jour au lendemain. Les guerres de la morue et les gouvernements de l’époque n’ont rien fait pour la sauver.” 

L’Islande est sortie gagnante de la guerre de la morue

L’Islande est sortie vainqueur de la guerre de la morue, qui a fait rage entre les années 1950 et les années 1970. À cette époque, elle était à son apogée,  les canonnières islandaises s’opposaient à la marine britannique.  Le résultat a été un accord international visant à étendre les eaux territoriales de l’Islande à 200 milles.  “Ils ne laisseront plus jamais personne entrer dans leurs eaux et pourquoi le feraient-ils?”  dit Coles.

Hull et la Kirkella

Commémorer et honorer les marins pêcheurs morts

Aujourd’hui âgé de 78 ans, Coles est membre fondateur et ancien président du Hull Bullnose Heritage Group.  Ce nom rappelle celui d’une zone des anciens quais où les familles se réunissaient faisaient leurs adieux à  leurs maris et fiancés bien aimés alors qu’ils partaient en mer. Le Hull Bullnose Heritage Group est un organisme de bienfaisance. Son but est de commémorer et honorer les 6 000 pêcheurs de la ville morts en mer depuis les années 1800 jusqu’à nos jours. 

Musée fermé, quartier délabré

En avril 2019, l’association a ouvert le “Fishing Heritage Center”. Il s’agit d’ un petit musée niché derrière des volets verts dans un coin délabré de Hessle Road.  Par une journée ensoleillée de début juin, le musée est complètement fermé. De nombreux bâtiments sont fermés dans la rue large et délabrée où se trouve le musée. Autrefois là se trouvait le centre animé et florissant de l’industrie de la pêche de Hull.

“Dernière sortie de pêche en mer”

Mais l’épidémie de Covid-19 n’a pas arrêté les membres fondateurs dans leur élan.  Coles fait partie d’un groupe qui a conseillé, et, de manière improbable, joué en vedette dans un film sur la  ” Main basse sur la pêche”. Ce film est produit, sera écrit et réalisé par le soi-disant “réalisateur accidentel” Andrew Fenton. Cet homme a créé sa propre société de production pour faire un long métrage pour mettre à l’honneur les derniers survivants des bons vieux jours et aussi des mauvais jours. 

Les vedettes du film

Les anciens députés John Prescott et Alan Johnson ainsi que l’ancien archevêque de York John Sentamu apparaissent dans le film. Ils sont aux côtés de cinq vieux chalutiers dans “La dernière sortie de pêche en mer”. Selon Fenton, ce film vise à faire pour la communauté de pêcheurs de Hull ce que “The Full Monty” a fait pour les métallurgistes et ce que “Brassed Off” a fait pour les mineurs.  Il en a diffusé des scènes au goutte à goutte sur les réseaux sociaux et espère le présenter plus tard cette année au cinéma Odeon de Hull.

Musée du patrimoine flottant

 “Le dernier voyage” se concentre sur les personnages et les anecdotes de l’histoire de la pêche de la ville. C’est aussi un dernier hourra pour l’un des chalutiers vedettes de la ville.  Jacinta, l’un des trois bateaux qui figurent dans le film, a finalement été envoyé à la ferraille en octobre de l’an dernier.  Au cours d’une vie professionnelle de 23 ans, qui s’est terminée en 1995, elle a rapporté du poisson pour une valeur de plus de 17,3 millions de livres sterling. Ce bateau réalisa en un an la plus grosse prise de l’histoire de Hull.  Elle a terminé sa vie en tant que musée du patrimoine flottant.

 La baleine

Le film reflète une relation émotionnelle profonde avec la pêche qui a façonné toute la culture de Hull.  Dans un amphithéâtre au bord de l’eau, à l’ombre de l’aquarium ultramoderne de la ville, The Deep, le dramaturge local John Godber met en scène une version chantée de marins du grand roman de pêche d’Herman Melville, Moby-Dick, avec un casting  de jeunes acteurs. Ces acteurs sont tous nés ou vivent maintenant à moins de 20 miles de la ville.  “Dans les années 1830, Hull avait beaucoup de théâtres mais ils ne pouvaient pas fonctionner à cause de l’odeur de l’huile de baleine qui bouillonnait dans une industrie contrôlée par des hommes blancs d’âge moyen comme Achab.  Alors je me suis dit, pourquoi ne pas prendre l’histoire comme une métaphore de la pêche ?”  dit Godber.

Premier article de la série Brexit

La Kirkella, espoir

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L’épineux problème des la pêche

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