Jean-Luc Léger, Président du CESER

Semaine 2: le renouveau industriel de l’Europe

Invités :
– Jean-Luc Léger, Président du CESER (Comité Économique Social et Environnemental Régional de Normandie), Président de Associations-et-Territoires.
– Bernard Leroy, Président de la Communauté d’Agglomération Seine-Eure, Chargé  par le Président de la région Normandie d’une mission sur la réindustrialisation de la Normandie. Ancien chef d’entreprise (pharmaceutique), Ancien maire du Vaudreuil, ancien député, ancien conseiller régional.
Animation :
Philippe Penot (PP)
Synthèse rédigée par Alain Ropers

PREMIERE PARTIE – M. JEAN-LUC LEGER
Bonjour Monsieur Jean-Luc Léger, vous êtes Président du CESER.  Le conseil économique, social et environnemental régional est une assemblée représentant les “forces vives” de la région que la Région consulte sur les grands dossiers régionaux parce qu’elles ont eu la capacité à s’élever au-dessus de la mêlée. Le CESER ne prend aucune décision mais émet des avis par lesquels il participe à l’administration de la Région. Je vous remercie au nom du Mouvement Européen de nous apporter un éclairage sur sa vision de la situation.

Première question. Quel regard sur notre industrie ?
PP : Ma première question porte sur le regard que vous posez, après cette crise sanitaire, sur notre industrie normande et en particulier celle qui s’étend tout le long de la Vallée de la Seine déjà mise à l’index après l’accident Lubrizol et à l’approche d’un Brexit potentiellement « dur ».

Jean-Luc Léger : Merci de votre accueil. Je rappelle que le CESER est composé de 3 collèges : un collège patronal, un collège syndical et un collège comprenant des associations, l’enseignement supérieur et la recherche.
La crise sanitaire aura bien sûr des répercussions importantes et le Brexit aussi. Par exemple, les Britanniques, qui ne produisent pas assez de produits agroalimentaires, vont-ils continuer à acheter ces produits en Normandie ? C’est un danger pour la filière agroalimentaire normande.
Crise sanitaire ou pas, la question industrielle se pose dans notre territoire, et partout en France aussi bien dans la vallée de la Seine, qui est l’axe principal de développement de la Normandie que dans la Vallée de Luynes dans le Perche, par exemple qui est aussi très industrielle, ou dans des territoires moins importants.

Déjà en 1789, Fernand Braudel, dans « l’identité de la France» mentionnait que les 5 départements normands étaient dans le top ten des plus riches de France. Bien entendu, à l’époque leur richesse était essentiellement liée à l’agriculture. Cette richesse initiale a constitué une chance pour notre région, mais aussi par la suite, une difficulté. En effet, des régions moins riches au départ, comme la Bretagne, ont dû se poser des questions : Comment s’en sortir ? Comment s’associer ? Ces questions ne se sont pas posées en Normandie, ou trop tard.
Par ailleurs, la Normandie a bénéficié de plans de déconcentrations industrielles successifs, sans que les Normands y soient pour quoi que ce soit.

Parmi les outils dont disposent tous les territoires pour leur développement, il y a ce qu’on appelle les corridors, par lesquels transitent les marchandises, par rail, par route, par voie fluviale, mais aussi l’énergie, les télécommunications, etc. Pour la Normandie, il s’agit du corridor  atlantique, qui part du Havre, passe par Paris, et bifurque vers Bordeaux puis l’Espagne, jusqu’à Cadix. Contrairement à d’autres corridors, dans les Pays-Bas, en Allemagne, ou même dans la partie est de la France et en Espagne ou en Italie qui sont pleins de ramifications, le nôtre va tout droit et n’est pas connecté, ni à la Bretagne, ni aux Pays de Loire, ni au réseau du nord de l’Europe. Le réseau ferré est insuffisant. Le réseau fluvial n’est pas connecté au réseau de Belgique et de Hollande.
Or, l’industrie a besoin de ramification. C’est un enjeu majeur. Il est vital pour la Normandie de travailler avec les autres régions en développant les ramifications, notamment vers le centre de l’Europe, vers le Portugal en ré-adhérant à l’arc atlantique, mais aussi vers l’Irlande qui peut-être un passage de contournement du Brexit vers le Royaume-Uni.
Le fret et l’industrie étant extrêmement liés, il serait bon d’avoir un tracé qui ne passerait pas obligatoirement par l’Île de France.

Deuxième question : Le pacte vert européen, une aide pour sortir de la crise?
PP : Vous avez évoqué l’atout que représentent les infrastructures financées par l’Europe sur lesquelles la Région pourra s’appuyer pour un rebond de notre économie ; pensez-vous que le pacte vert Européen puisse aussi être une opportunité pour sortir par le haut de cette crise ?

Jean-Luc Léger: C’est évidemment une des pistes. Il existe aussi un autre dispositif plus ancien,  les euro-régions, dispositif qui évoquait dès l’origine les questions économiques, d’emploi, de culture, mais aussi l’environnement et le changement climatique. En effet, l’UE a impulsé dès le début des 90 des politiques intéressantes qui n’étaient malheureusement pas travaillées à l’échelon national.
C’est ainsi que de grosses euro-régions comme celle de la Ruhr vers les Pays-Bas, ou ce qu’on appelle la grande région, qui comprend la Suisse, le Grand Est, la Sarre, la Wallonie, le Luxembourg, ont contribué grandement au développement économique de leurs territoires.

En Normandie, on aurait pu faire une euro-région avec une partie de l’Angleterre, mais le cours de l’Histoire en a décidé autrement. Aujourd’hui, la Normandie, la région des Hauts de France et une partie du Benelux et de l’Allemagne devraient travailler ensemble et de façon très complémentaire. Nous devons nous allier politiquement et économiquement, et anticiper.
Parmi les secteurs porteurs, on peut citer les micro-algues. Ce secteur est encore au stade de la recherche, mais il concerne des domaines très divers, comme l’alimentation, les médicaments, les matériaux routiers, etc.
Évoquons le cas de la Chapelle-Darblay, qui ferme ses portes, alors que cette usine traite le tiers des cartons et déchets au plan national ! Il faut se mobiliser pour la poursuite de cette activité. En effet, le déchet devient une matière première, donc un élément vital, écologique, et en même temps local, ce qui devrait permettre de mobiliser des moyens, notamment européens. Produire chez nous c’est à la fois une question de souveraineté et de survie pour notre industrie.

Troisième question.  Quelle attractivité pour la Normandie ?
PP : Aujourd’hui diriez-vous que l’attractivité de la Normandie est favorable à la relocalisation d’une activité industrielle ?

Jean-Luc Léger: L’attractivité est multifactorielle. Ce n’est pas seulement une question d’avantage fiscal, de coût de la main d’œuvre, c’est tout un ensemble. Il faut un environnement social favorable. L’industrie a besoin d’attirer des ingénieurs, des cadres, des techniciens supérieurs. C’est une question de salaire, bien-sûr, mais plus largement de bien être, prenant en compte l’accès à la santé, l’existence de maternités, la démographie médicale, la possibilité d’une vie culturelle de niveau suffisant, les écoles et les universités pour les enfants, un travail pour le conjoint, etc. Certaines petites villes, malgré toutes leurs qualités, malgré les efforts faits par les intercommunalités pour revivifier le commerce, ne sont pas attractives pour les cadres.

L’attractivité, c’est aussi la capacité à réunir des financements. Dans ce domaine, notons que la recherche normande travaillait beaucoup avec les britanniques et que eux étaient particulièrement performants pour savoir trouver des fonds européens.

Remerciements de Philippe Penot à Jean-Luc Léger, et quelques mots de transition vers la deuxième partie de la réunion avec Bernard Leroy.

Réalisation de la visioconférence 
Gérard Grancher

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