DONNER ENVIE D'EUROPE LILLE

Donner envie d’Europe : Lille

Philippe Thillay, Président du Mouvement Européen de Seine Maritime, ouvre la séance en expliquant le but de ce séminaire : donner envie d’Europe aux citoyens de Seine Maritime. Et pour y parvenir, leur montrer que l’Europe, ce n’est pas uniquement, une commission, un parlement, des directives. Mais l’Europe c’est aussi des acteurs humains, économiques, culturels, citoyens, qui portent le projet européen sur les territoires.

Marie-Pierre Bresson. « Lille, Capitale Européenne de la Culture 2004 a été une belle aventure épique qui a débuté bien avant, et est devenue pérenne, puisque nous continuons aujourd’hui à en engranger les bénéfices.
Lille n’est plus, depuis 2004 perçue comme cette ville enfumée et noire. La réputation de convivialité et le sens de la fête de ses habitants extrêmement chaleureux, déjà attestés par les peintures flamandes de 18ème siècle ne se démentent pas. Cette qualité a permis aux décideurs d’embarquer avec eux la population pour ce grand évènement. »

L’Europe et les Territoires  L’Europe le long de la Seine
FRICHES INDUSTRIELLES : LE REBOND
Webinaire printemps 2021. Cycle de conférences
Troisième étape 31 mai 2021 :
Retrouvez la captation de la conférence sur notre Chaine You tube: https://bit.ly/ME76-chaine-tv

Lille, la culture des friches industrielles

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Invitée : Marie-Pierre Bresson, Adjointe au Maire de Lille, déléguée à la culture, au tourisme et à la coopération décentralisée.

Pourquoi ce séminaire sur les friches ?

Philippe Thillay, ouvre la séance en expliquant le but de ce séminaire: donner envie d’Europe aux citoyens de Seine Maritime. Le projet européen porte sur les territoires, et notamment sur le nôtre, ce delta transnational formé par la Seine, l’Elbe, l’Escaut, le Rhin qui le connectent au reste de l’Europe.

Pourquoi Lille ?

Après les friches de Rouen, puis celles du Havre, nous voici à Lille. En effet la ville se situe au cœur de ce bassin. Lille, qui a été Capitale Européenne de la Culture en 2004, label auquel aspire Rouen pour 2028, n’est plus une vieille ville industrielle sinistrée. Elle a su devenir une métropole européenne de référence et se pose déjà comme une capitale du monde d’après.

Une aventure qui dure


Quand on relit le programme des festivités, on se rend compte de tout le travail réalisé plusieurs années à l’avance pour métamorphoser la ville. Lille avait candidaté pour les Jeux Olympiques. Elle n’avait pas été retenue mais le travail préparatoire pour faire valoir les atouts a servi. Lille n’a pas la Seine comme Rouen. Elle n’a que la Deule, petit affluent de la Lys et de l’Escaut. Mais sa situation la rapproche des canaux belges et néerlandais et la place au cœur des territoires du nord-ouest européen.

Le fruit d’une large mobilisation


C’est, entre autres, cet atout qui a permis la mobilisation de tout un territoire, comprenant 194 communes. le projet comprend également le versant belge de la métropole. Tous se sont transformés en ambassadeurs (plus de 17000) et se sont mobilisés pour promouvoir l’évènement à l’échelle régionale. Ils ont participé, soit en participant à l’animation, soit en recherchant des financements. Ou bien encore ils ont proposé leurs services selon leurs compétences, ou en apportant une contribution financière en tant que mécène.

Cette mobilisation ne s’est pas arrêtée en 2004.

Elle s’est prolongée par de nombreux évènements qui ont contribué à l’économie régionale et à la création d’emplois, avec la volonté de ne pas tout concentrer sur Lille. Par exemple, « les beffrois de la culture » : de nombreuses communes ont décidé d’acquérir une œuvre picturale majeure et de l’exposer dans le hall de l’Hôtel de Ville.

Un rayonnement international

Lille a aussi travaillé avec quelques-unes de ses ville jumelles, pour leur bénéfice commun : Leeds (Angleterre), Liège (Belgique), Cracovie (Pologne), Oujda (Maroc). Toutes ces villes, encouragées par Lille, ont su mobiliser les citoyens autour de grands projets. Leeds, par exemple, qui ne peut plus prétendre au label de Capitale Européenne de la Culture, à cause du Brexit, a décidé de maintenir un grand évènement de même nature sous un autre nom. Cette mobilisation générale de tous a été qualifiée par Pierre Mauroy de turbine urbaine, culturelle, patrimoniale, en raison de sa capacité à accélérer le mouvement et à créer de l’énergie.

Un site touristique apprécié


Nos voisins allemands, belges, néerlandais, et autres, ont été très nombreux à participer à l’évènement : plus de 9 millions de visiteurs. Depuis 2004, la ville est identifiée comme destination privilégiée par les « city-breakers », c’est-à-dire des 18-35 ans intéressés par des séjours de 2 ou 3 jours. D’une façon générale, hors période de crise sanitaire, la fréquentation touristique a augmenté de 15% par an, ce qui provoque d’importantes retombées économiques et participe à un rayonnement non négligeable.


Des friches reconverties avec succès


Lille Capitale Européenne de la Culture a été l’occasion de restaurer des espaces bâtis, des portes, des maisons, et bien sûr de requalifier de nombreuses friches industrielles, situées au cœur du territoire urbain, avec comme arrière-plan de réflexion l’idée de refaire la ville sur elle-même, ce qui ne consomme pas de nouveaux terrains agricoles ou naturels, tout en permettant de créer des équipements proches des habitants. Cet avantage est particulièrement intéressant dans un territoire aussi densément peuplé (environ 500 habitants par kilomètre carré) ce qui le rapproche plus de la Belgique ou des Pays bas que de la France (110 habitants par kilomètre carré en moyenne).

Les maisons folies

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La réhabilitation en 2004 d’une ancienne brasserie des moulins et d’une ancienne filature Leclercq ont fait de la maison folie Moulin et de la maison folie Wazemmes deux nouveaux lieux de culture pérenne.


Le site Eura Technologie

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La réhabilitation de l’usine Le Blan-Lafont en 2009 en a fait un pôle d’excellence et d’innovation, silhouette très identifiée, au cœur d’un éco-quartier conçu pour favoriser la mixité sociale et fonctionnelle sur les bords de la Deule.


La Gare Saint Sauveur

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L’ancienne gare Saint Sauveur, située près de l’Hôtel de Ville, de l’école des Arts et Métiers et de l’Institut Pasteur, est devenue un lieu culturel emblématique : bars, restaurants, cinémas, lieux d’exposition, etc. Sa réhabilitation en 2004 a suscité un tel engouement que la ville a réédité des saisons culturelles tous les 2 ou 3 ans. La prochaine édition, c’est « Utopia 56 », une mobilisation pour les personnes exilées.
La ville est identifiée comme spécialiste de la réhabilitation des friches industrielles et a été imitée dans sa démarche par des villes jumelles comme Naplouse (Cisjordanie) ou Oujda (Maroc) qui s’en sont inspirées pour des projets similaires.


Le Bazaar Saint So

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Le Bazaar est un lieu dédié aux activités créatives et porteuses de valeur sociales. Il accueille un espace central ouvert au public de 1000m2, à la fois lieu de vie au quotidien et lieu événementiel permettant l’organisation d’ateliers professionnels, de conférences, la présentation des activités des résidents, la programmation d’événements culturels, l’accueil d’experts…, des salles de réunion de différentes tailles accessibles aux résidents et des espaces, type cuisine et douches à disposition des résidents.


Fives-Cail

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Les établissements Fives-Cail, usine de construction mécanique spécialisée à l’origine dans les matériels pour les sucreries de betteraves. Au XIXe jusqu’au XXe siècle, l’usine était un fleuron de l’industrie française. L’entreprise travaillait alors sur la charpente métallique de la gare d’Orsay. Mais aussi sur les ascenseurs de la Tour Eiffel.

Ces bâtiments abritent à présent, sur leurs 25 hectares, de nombreux équipements dont un lycée hôtelier, des espaces publics et des logements, comme les sheds du coin du monde.


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Une fête qui dure et qui se transmet

À la suite à la fête de 2004, s’est renforcée la volonté de conserver et d’entretenir les constructions urbanistiques qui sont le témoignage de l’âme de la ville et le signe de sa capacité à mobiliser toute une région, à réveiller la créativité dans tous les domaines, de réussir la transition entre la ville industrielle et la ville durable. C’est ainsi qu’il y a deux ans, Lille a été candidate au label de Ville verte européenne. Elle n’a pas gagné, mais, grâce à sa capacité d’emmener tout le territoire, elle a été finaliste derrière Lahti en Finlande et devant Strasbourg.
La prochaine grande saison culturelle tournera autour du projet Utopia, qui mettra en avant la relation de l’homme avec la nature.


Questions réponses


En réponse aux diverses questions posées sur le chat, Marie-Pierre Bresson apporte les réponses suivantes :
La capitale verte 2022 sera Grenoble. Lille n’a pas renouvelé la candidature, car le plus important ce n’est pas le label, ce sont les habitudes qu’on prend.

 

La mobilisation des mécènes

 s’explique essentiellement par deux facteurs. L’action volontaire de personnalités politiques comme Pierre Mauroy, Martine Aubry ou Pierre de Saintignon, et leur travail préparatoire dans les quartiers, les écoles, les centres sociaux. Et aussi l’état d’esprit de la population portée sur la convivialité et le sens de la fête, comme l’a montré la grande parade d’ouverture le 6 décembre 2003, avec l’orchestre d’harmonie qui a rassemblé plus de 1000 musiciens et 600 000 personnes.

Des chiffres


Quelques chiffres comparatifs illustrent bien la part prise par le mécénat dans le financement de l’évènement. Luxembourg 1991 : 6 millions d’euros. Anvers 1996 : 4,7 millions d’euros. Stockholm 1998 : 5,5 millions d’euros. Bruges 2002 : 6,4 millions d’euros. Lille 2004 : 13 millions d’euros (soit 17% du budget).
Lille n’a pas vraiment aidé Liverpool à décrocher le label de Capitale Européenne de la Culture en 2008, mais en revanche, avait travaillé avec Newcastle, avec Leeds.

Peu de gentrification

La réhabilitation des friches n’a provoqué que peu de gentrification aux alentours, car une grande attention a été portée à la mixité sociale : un tiers accession sociale, un tiers accession libre, et un tiers de logements sociaux locatifs, plutôt grands pour inciter les familles qui travaillaient autrefois dans les usines à ne pas quitter la ville et à rester des passeurs de mémoire. Lille conserve ainsi ses quartiers populaires à l’intérieur des murs. On incite les enfants des écoles qui vont tous visiter des expos, à y revenir avec leurs parents en leur donnant des tickets d’entrée, ce qui tente de rapprocher des mondes qui pourraient être distants.

L’intégration de Lille dans l’espace européen

Quant à l’impact du label sur l’intégration de Lille dans l’espace européen, il est difficile à apprécier. En effet Lille est par nature une métropole européenne, dotée d’une forte fréquentation touristique. Elle est reliée par le rail ou la route à Paris, Bruxelles Cologne, Rotterdam, Bruges, etc.
La requalification des friches s’accompagne aussi de requalification des emplois. Dans le domaine du textile, par exemple, les emplois pour les milliers d’ouvriers sont partis. Mais pas le substrat de l’industrie textile de la région. Il y a toujours une école d’ingénieurs du textile, qui travaille avec des centres de recherches sur les textiles innovants, les « futurotextiles » comme ceux qui équipent le nez des navettes spatiales.

De bons souvenirs

Florence Aston qui y était venue dans les années 2004. Philippe Thillay qui y a eu quelques occasions professionnelles. Alain Ropers qui y est souvent venu lorsque sa fille y faisait ses études. Ils ont tous perçu cette métamorphose progressive de la ville, son renouvellement. Ils ont constaté la richesse de son patrimoine culturel, notamment la richesse exceptionnelle du musée des beaux-arts.

Une chance saisie au bon moment

Marie-Pierre Bresson évoque une certaine ouverture sociale propre aux patrons du Nord. Ils souvent à la tête d’entreprises familiales avec des vrais gens, attachés à leurs métiers. Ils ne sont pas uniquement les représentants d’un monde économique, pas seulement financier. Chez ces patrons,  le catholicisme social est encore très présent.

Yves Bloch se demande si la chance de Lille n’a pas été d’avoir été plus tôt et plus durement touchée que Rouen. Cela aurait favorisé sa métamorphose et son rebond, alors que ce ne serait pas encore le cas de Rouen, encore en déclin selon lui.

Marie-Pierre Bresson pense qu’il ne s’agit pas vraiment de rebond après avoir touché le fond, mais plutôt de transformations cycliques. Elles peuvent arriver à des moments différents. Ces évolutions ne partent pas de rien mais de terrains fertiles capables de se renouveler. Le label de Capitale Européenne de la Culture a été une chance pour Lille en 2004, souhaitons que 2028 soit une chance pour Rouen.

Conclusions


Alain Ropers a retenu de cette conférence le mot « turbine » utilisé à de nombreuses reprises.  Ce mot évoque l’effet démultiplicateur obtenu par la mobilisation des citoyens enclins à faire la fête. Il implique aussi  des responsables politiques volontaires comme pierre Mauroy, des entreprises, des mécènes, des associations, etc. C’est l’effet de cette turbine urbaine, culturelle, patrimoniale, commerciale, économique, touristique, qui a créé les conditions de cette belle réussite. La re-qualification des friches industrielles de la métropole Lilloise  donne envie d’y aller faire un tour.

Marie Pierre Bresson renouvelle son invitation

à venir à Lille pour découvrir, entre autres, le projet Utopia, et nous conseille d’aller voir sur le site internet de la ville de Lille. On peut y trouver de nombreux documents d’art et d’histoire, et notamment de la documentation sur les friches dont nous avons parlé ce soir.

Conférences à venir

Philippe Thillay remercie Marie Pierre Bresson pour sa présentation si intéressante, et présente la prochaine étape du séminaire. Jeudi soir 3 juin 2021 à Hanovre et à Hambourg, à l’autre extrémité du grand delta de l’ouest européen. Là-bas aussi, on trouve des friches magnifiquement réhabilitées. C’est Jean-Marc Delagneau qui animera la conférence tout en servant d’interprète. Nous aurons ensuite notre séance de clôture, avec la participation de Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, et très certainement d’Édouard Philippe, maire du Havre, début juillet.

Fin de la visioconférence, à 18 h 20. Nous étions une vingtaine de participants.
Compte rendu rédigé par Alain Ropers.

La vidéo (1h 13 minutes) ci après,  vous permet de revivre l’événement comme si vous étiez en direct :

https://www.youtube.com/watch?v=jVlbWXLCoTI

Accéder à la chaîne: https://bit.ly/ME76-chaine-tv 
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Regardez aussi les vidéos qui illustrent la conférence :

Fives Cail, la métamorphose d’une friche

Découverte – Maisons Folies Wazemmes et Moulins à Lille

“Shim Sham” au Bistrot de St SO, Lille –

Découverte – Gare Saint Sauveur à Lille

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